La théorie des intelligences multiples : utile ou futile ?

La théorie des intelligences multiples a été développée dans les années 1980 par le psychologue comportementaliste américain Howard Gardner. La thèse défendue est la suivante : nos aptitudes à résoudre des problèmes et appréhender le monde répondent à des modes de fonctionnement et des sensibilités différentes. Il n’y a donc aucune raison de n’accepter qu’une seule façon de réfléchir. Le point de départ de la réflexion de Gardner était d’ailleurs ce sentiment d’injustice vis-à-vis des enfants lorsqu’ils passaient des « tests d’intelligence » et autres « tests de QI ».

S’il nous semble aujourd’hui absurde d’évaluer l’intelligence d’une personne à sa capacité à se conformer à un mode de réflexion, ce n’était pas le cas au siècle passé. Il suffit de voir comme certaines branches de métiers ont été déconsidérées par le passé (et le restent encore…) car cataloguées « moins nobles »… Ou regardez comme l’école ne valorisait qu’une procédure de résolution, au détriment d’un autre cheminement qui pouvait tout à fait conduire au même résultat.

La théorie des intelligences multiples est aujourd’hui très largement relayée, d’autant qu’elle permet de porter un regard positif et encourageant sur chaque profil. Que dit-elle vraiment ? Que peut-elle nous apporter ? Comment s’en saisir ? Et enfin, quelles en sont les limites ?

 

Intelligences multiples : différentes formes d’intelligence

L’intelligence étant définie comme « une capacité ou un ensemble d’aptitudes qui permet à une personne de résoudre des problèmes ou de concevoir un produit qui sont importants dans un certain contexte culturel », Howard Gardner différencie 8 types d’intelligences différents, c’est-à-dire 8 grandes façons de se confronter à une situation problème. Voici les caractéristiques de chacune (dans l’ordre alphabétique).

Gardez toutefois bien à l’esprit que, si nous avons souvent une ou plusieurs formes d’intelligences « favorites », tout doit rester une question d’équilibre. Il ne s’agit aucunement de tout miser sur nos préférences, et de délaisser ce qui est moins naturel ou plus difficile. Se connaître, c’est aussi prendre conscience de nos points faibles afin de ne pas les négliger.

intelligences multiples

1.      L’intelligence interpersonnelle/ sociale

Elle renvoie à la capacité à entrer en relation avec les autres, les comprendre, les côtoyer, interagir et communiquer avec eux. C’est une forme d’intelligence comportementale en cela qu’elle est sollicitée pour agir et réagir de façon correcte et adaptée.

Avec elle, vont se développer des compétences telles que l’empathie et la compassion, la coopération, la tolérance, la médiation, la manipulation… Tout ce qui a trait avec la prise en compte de l’autre, l’anticipation d’un comportement, la communication non-verbale (deviner les intentions).

2.      L’intelligence intrapersonnelle

Elle renvoie à la capacité à avoir une bonne connaissance de soi-même, à avoir un regard juste sur soi-même, à prendre en compte ses émotions, sentiments, envies et besoins. Il n’est pas question d’égoïsme mais d’être capable de s’écouter, d’être conscient de ses valeurs, points forts et points faibles, d’avoir un regard critique et constructif sur soi.

3.      L’intelligence kinesthésique / corporelle

Elle renvoie à une grande maîtrise de son corps, notamment dans des activités sportives et artistiques. Le corps devient le moyen d’expression mais aussi le moyen de compréhension privilégié. Le monde est appréhendé par le toucher, l’expérience, et il prend du sens dès lors que l’on peut agir sur lui.

4.      L’intelligence logique/ mathématique

Elle renvoie à la capacité à tenir un raisonnement logique, ordonner le monde, faire des inférences (= se saisir d’informations sous-entendues). L’intelligence logico-mathématique est également liée aux compétences de manipulation des nombres et de résolutions de problèmes logiques, mais aussi plus généralement au fait de maîtriser les relations de causes – conséquences et de savoir « manipuler de longues chaînes de relations logiques exprimées sous des formes symboliques ».

De plus, elle fait partie des intelligences majeures les plus valorisées, elle est facilement évaluable et son caractère « abstrait » en lien avec le monde concret donne à cette forme d’intelligence une dimension apparemment plus savante.

5.      L’intelligence musicale / rythmique

Elle renvoie à la capacité à percevoir et à être sensible aux rythmes, mélodies, et leurs structures. Elle peut être liée à des aptitudes créatives (attitude active) comme elle peut simplement être liée à des aptitudes d’ordre émotionnel (attitude passive), c’est-à-dire être sensible au message transmis par la musique, comme être capable de le transmettre par ce biais.

6.      L’intelligence naturaliste

Elle renvoie à la capacité à reconnaître et à classer, à identifier formes et structures, à catégoriser. Elle « permet d’être sensible à ce qui est vivant ou de comprendre l’environnement dans lequel l’homme évolue. C’est la capacité d’apprécier, de reconnaître et de classer la faune, la flore et le monde minéral. Cette capacité s’applique aussi, par extension, à l’univers culturel qu’il permet d’interpréter. »

7.      L’intelligence verbale / linguistique

Elle renvoie à la capacité à être sensible aux structures linguistiques, à se saisir du sens des mots, de leurs implications, de leurs nuances et de leur force. Elle se manifeste à la fois dans la réception du message (entendre/ écouter et lire) que dans l’émission (parler et écrire). L’intelligence verbale permet de développer des aptitudes aux langues étrangères.

Cette forme d’intelligence fait partie des intelligences « majeures » et valorisées car elle permet l’expression de soi et une bonne communication. Elle est nécessaire à l’expression d’autres formes d’intelligence, et est surtout plus facilement « évaluable ».

8.      L’intelligence visuelle / spatiale

Elle renvoie à la capacité à créer des images mentales, percevoir le monde avec précision, raisonner en plusieurs dimensions. C’est grâce à elle que l’on construit des repères dans l’espace, que l’on sait se situer ou situer des objets les uns par rapports aux autres. C’est elle que l’on sollicite quand on dit « visualiser »  un agencement par exemple.

Voici deux livres références qui vous en apprendront bien davantage:

intelligences multiples

Les formes de l’intelligence, Howard Gardner

 

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Les intelligences multiples, chez Retz

 

Les intelligences multiples et vous : testez-vous

Je suis sûre que vous vous êtes reconnus dans plusieurs des points évoqués ci-dessus… Si non, c’est que vous manquez cruellement d’intelligence intrapersonnelle… 😉

Comme dit plus haut, tout est, à mon sens, une question d’harmonie. Toutes les formes d’intelligences sont complémentaires, ce qui n’empêche pas d’avoir une approche intuitive, spontanée, d’un problème qui relèverait d’une forme d’intelligence plutôt que d’une autre. Autrement dit, vous avez des formes d’intelligences plus développées que d’autres, ou vers lesquelles vous vous tournez plus instinctivement. Disons que vous avez une dominante.

Bon, maintenant qu’on est d’accord sur ce point, faites le test suivant et donnez-moi votre résultat. D’accord avec le résultat? Pas d’accord ?

Intelligences multiples : applications pédagogiques

La popularité de la théorie des intelligences multiples associée à son optimisme lui a permis de se frayer une place à l’école. Bien qu’elle date toute de même de la fin du siècle dernier, ce n’est que récemment que les enseignants, en particulier en école primaire, se sont penché sur la manière d’adapter la théorie des intelligences multiples à leurs pratiques pédagogiques. Il faut dire que cela fait seulement quelques années que les instructions officielles précisent que c’est le savoir et la médiation qui s’adaptent à chaque enfant, et non l’inverse. Bref.

Pourquoi prendre en compte la théorie des intelligences multiples ?

Parce qu’elle offre un regard neuf

Howard Gardner a proposé, avec sa théorie des intelligences multiples, une nouvelle grille de lecture pour une approche et une analyse différente des comportements des enfants face aux nouveautés cognitives. Avoir en tête cette théorie est très utile pour comprendre un enfant et lui proposer une remédiation adaptée en cas d’échec lors de la première médiation. Egalement, cette théorie permet de prendre conscience de la diversité des manières d’aborder un sujet… et donc de varier les approches.

Quand un enfant est en situation de difficulté, il ne sert à rien de lui réexpliquer plusieurs fois de la même façon… car il n’est sans doute pas sensible à votre logique. Aussi, autant essayer de passer par d’autres biais. Certains auront besoin de recréer et rejouer la situation du problème de maths, d’autres feront un dessin, s’imagineront la scène, verront immédiatement la relation entre les nombres, auront besoin de répéter l’énoncé ou de se le faire lire, auront besoin de regarder la situation jouée… Ou peut-être est-ce la question qui est mal posée. Autant de possibilités d’aborder une question et une connaissance. Donc autant de possibilités de comprendre l’erreur d’un enfant ou son blocage… et autant de possibilités de lui proposer une nouvelle médiation avec la situation problème.

 

Parce qu’elle propose des solutions face aux échecs

La théorie des intelligences multiples va plus loin que la simple prise en compte des canaux sensoriels favorisés qui s’attardent davantage sur l’aspect mémorisation (êtes vous auditif, visuel ou kinesthésique ?) dans la mesure où elle donne des leviers concrets pour des moyens de compréhension mais aussi d’expression. Que faire quand on ressent une émotion particulièrement forte mais que l’on n’a pas les bons mots pour s’exprimer ? Demander à une autre forme d’intelligence et de prendre le relais.

Prenez l’exemple des enfants scolarisés avec des « troubles des fonctions cognitives » : ils sont tous en situation d’échec pour des raisons variées, mais le point commun que j’ai observé avec tous ces enfants, c’est qu’ils ont une intelligence verbale sous-développée par rapport aux autres (encore une fois pour diverses raisons). Pour leur permettre d’entrer dans la communication, il faut soit trouver les moyens de stimuler cette forme d’intelligence (pas forcément réalisable selon les handicaps), soit trouver des moyens de contourner cette difficulté et solliciter les compétences atteignables qui pourraient s’y substituer.

L’enseignant ou le parent peut parfaitement se saisir de la théorie des intelligences multiples pour proposer des solutions alternatives à un enfant en difficulté. Si certains diront qu’ils doivent absolument se conformer aux attendus d’une société car sinon « ils se feront manger un jour », rien ne nous dit qu’ils sont obligés d’adopter les mêmes chemins et les mêmes moyens. Il peut être très utile de faire prendre conscience à l’enfant de ses forces, de l’encourager dans ses cheminements intellectuels et de lui donner les éléments nécessaires pour s’en servir au mieux et aux moments opportuns. Comprenez-bien qu’un enfant a besoin d’être accompagné et n’est pas doué d’une grande lucidité sur lui-même. Valoriser des comportements, même s’ils sont différents est nécessaire dans la construction de l’amour propre et de la personnalité de l’enfant.

 

Les limites et abus de la théorie des intelligences multiples

Ne pas tout miser sur une forme d’intelligence

Attention toutefois: ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Il n’est pas question d’entrer dans un culte de la singularité, ni dans une dépréciation des formes d’intelligences traditionnellement mises en avant. Prendre conscience des différentes formes d’intelligence, c’est prendre conscience des diversités de chacun, et donc d’une certaine manière, faire preuve de tolérance.

Travailler une forme d’intelligence aux détriments des autres n’aiderait que ponctuellement l’enfant. Il s’agit d’y avoir recours plus spontanément, sans être toutefois incapable de saisir les autres modes de fonctionnement, ou sans y être sensible. L’important, comme pour tout, c’est la mesure. Prendre en compte la spécificité de l’enfant, c’est lui offrir ponctuellement des perspectives de solutions en cas de blocage. Ce n’est pas éviter et/ ou occulter la difficulté.

 

Oublier qu’une classe est un groupe

Si la volonté de prendre en compte ces éléments dans l’approche de notions avec ses élèves est tout à fait louable, on ne peut pas nier que les éditeurs ont flairé l’effet de mode et en ont profité. Je ne vous partagerais pas ici les différents ouvrages que vous trouverez sur la question car ils sont, à mon sens, uniquement bons à vous soutirer de l’argent et à vous faire miroiter des mises en pratiques irréalisables ou à paraphraser Howard Gardner. On tombe alors facilement dans l’abus et dans la mauvaise utilisation des clés qui nous sont données.

En corollaire, l’enseignement du primaire est actuellement bousculé par une phobie de l’échec, un traumatisme des méthodes passées et une volonté d’innover à tout prix. Petit à petit, l’école bascule dans une culture de l’individualité où les parents comme l’Institution demandent un traitement de faveur pour chaque enfant. La culture du groupe et du collectif se perdent complètement car il faut que chaque enfant réussisse, coûte que coûte. La pression est réelle… mais pas très efficace.

La théorie des intelligences multiples d’Howard Gardner est, à mon sens, réellement utile dans le cas de prises en charges individualisées. Dans le cadre d’un groupe classe, elle prend du sens dès que l’enfant est capable de se situer vis-à-vis des différentes médiations en sensibilités possibles et dès que l’adulte est en mesure de les respecter.

 

Conclusion

La théorie des intelligences multiples est indéniablement brillante et prend toute son importance dans les recherches des sciences cognitives et pédagogiques. Howard Gardner a très justement mis en avant des formes d’intelligences sous-pesées voire insoupçonnées et nous rappelle qu’il n’y a pas de façon unique ni innée de réfléchir. Cette théorie s’inscrit dans notre tendance à vouloir toujours plus de justice et de tolérance et apporte une possibilité pour chacun de renouer avec son amour propre.

Comme pour toutes les théories qui prônent la tolérance et l’expression de sa singularité, elle est devenue très populaire et doit faire face à des dérives. N’oubliez donc pas que vous ne pouvez pas changer votre nature profonde ni vos sensibilités, gardez à l’esprit vos atouts et talents, mais ne négligez pas vos points faibles pour autant. L’harmonie, toujours l’harmonie… Mais ceci, vous le savez bien, n’est que mon avis! Quel est le vôtre?

N’oubliez pas de partager votre forme d’intelligence dominante !

 

Si vous voulez en savoir plus sur moi, consultez la page de présentation!

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